E-sport : Carrière ou bénévolat ?

La question du bénévolat dans l’e-sport est revenue récemment sur Twitter via le hashtag #esportsunpaid. Question qui semble susciter l’intérêt de la communauté qui a donc décidé de témoigner et débattre sur le réseau social aux 140 caractères.

L’objet du débat

Tout est parti de Reddit et plus précisément du subreddit /r/esports où le redditer « here4esports » posa la question suivante : « Que manque-t-il à l’e-sport ? » Ce à quoi un autre redditer du nom de Need2Build répondit « Plus d’emploi. De vrais emplois, et non du « travail pour tes rêves et espoirs » comme on peut le lire sur reddit. »

C’est alors que Thiemo Bräutigam, du site esports career mit en ligne un article intitulé « Why we allow unpaid job listings on eSports career » (Pourquoi nous autorisons la mise en ligne d’offres de bénévolat sur eSports Career). Il y explique que pour faire ses preuves dans ce milieu, il faut d’abord avoir fait ses preuves ailleurs et qu’en travaillant dur gratuitement et en prouvant sa valeur, on finira bien par montrer que notre travail à de la valeur et qu’un employeur du milieu voudra payer nos services pour un tarif décent. Ce à quoi Need2Build répondit entre autre (toujours sur reddit) qu‘on ne pouvait décemment baser son modèle économique sur le volontariat.

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Un bénévolat trop lourd ?

La discussion s’est donc étendue à Twitter et chacun s’est mis à témoigner sur le sujet. Paul, « RedEye » Chaloner y est également allé de son commentaire en expliquant que le bénévolat est envisageable pour un temps du moment que cela ne devient pas de l’exploitation et de citer son propre exemple. Le volontariat devenu carrière semble avoir marché pour certains qui sont aujourd’hui devenus des spécialistes dans leur domaine mais pour beaucoup d’appelés, combien d’élus ? Et quand on voit que des marques comme ESL ou MLG fonctionnent à plein régime et les événements qui remplissent les stades , on peut s’étonner, de l’extérieur, que le milieu fourmille d’amateurs.

Au centre de la discussion, il y a une question qui revient : « Comment prouver sa valeur sur le marché ? » Pas facile de faire valoir ses services au sein de structures type amateur à moins de garder une trace de ses différentes actions (et encore, cela pourrait-il réellement suffire?). C’est un des nœuds du problème. Un C.V. « eSport » ne suffit pas et ne témoigne pas forcément toujours de la valeur du travail de celui ou celle qui candidate. William « Chobra » Cho en témoigne dans un TwitLonger et explique qu’il estime que le volontariat ne devrait pas être vu comme la seule porte d’entrée dans l’e-sport. Selon lui, l’intérêt pour le milieu est un prérequis mais la connaissance dans le poste que vous voulez occuper est le plus important.

Un milieu en mutation

L’e-sport est en train de devenir une véritable industrie, avec ses entreprises et son marché. Et cette transformation est souhaitable. Elle permet au milieu d’être plus professionnel et d’ouvrir la voie à une professionnalisation, des sponsors plus importants et donc des revenus décents. Or, dans l’industrie, le bénévolat est interdit par la loi et le statut de stagiaire est encadré. Que faire alors ? Car ce milieu est à cheval entre le côté marchand du jeu vidéo et le côté compétitif du sport professionnel. Même si, je vous en parlais dans mon autre article, la plupart des équipes françaises sont des associations et s’apparentent donc plus à des clubs locaux amateurs qu’à des grosses machines comme le PSG (la seule équipe pouvant y prétendre étant Millenium et d’autres concurrents sérieux seraient les bienvenus). Gagneraient-elles à devenir des entreprises et donc être gérées en tant que telles ? Peut-être, mais il est trop tôt pour le dire.

Conclusion

J’ai moi-même donné beaucoup de mon temps pour ce milieu que j’aime et que j’ai envie de voir grandir et je dois vous avouer une chose, j’ai un secret espoir d’être un jour comme ces commentateurs internationaux que l’on paie pour voyager de LAN en LAN aux quatre coins du monde et rencontrer des gens passionnés. Aujourd’hui, et par mon réseau de contacts, je m’occupe de la gestion des partenariats avec la chaîne HearthStone d’Ogaming. Un poste qui me rapporte un petit salaire par mois. Pas assez pour en vivre, mais assez pour me dire que je gagne enfin un minimum grâce à l’e-sport. Mais en arriver là prend du temps et combien sont capables d’en investir autant ? Combien sont capables de sacrifier ce temps pour une carrière incertaine ?

L’e-sport doit encore grandir avant de pouvoir accueillir tous ceux et celles qui aimeraient y voir l’opportunité de travailler dans un milieu qu’ils aiment. Et vu la croissance de cette industrie au cours des dernières années, il n’y a pas de souci à se faire quant aux opportunités d’emploi qui vont s’ouvrir. Mais la pratique du bénévolat disparaîtra-t-elle pour autant ? Rien n’est moins sûr.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

2 thoughts on “E-sport : Carrière ou bénévolat ?

  1. Merci pour l’article qui permet d’en savoir un peu plus sur ce fameux hashtag.
    Il y a juste une chose que je relevé quand tu parles d’événement (une MLG, un tournoi ESL, event OG, …. ) il y a beaucoup de professionnel de l’événementiel qui n’ont rien à voir avec le milieu esportif (sauf dans certains cas où les mecs ont les deux passions hein) , la ou je veux en venir, c’est qu’ils travaillent dans l’esport mais peuvent en avoir rien à foutre, pour eux c’est un contrat, des heures et un cachet (s’ils sont intermittents – en France en tout cas)

    Après comme pour tout job, il faut avoir une envie d’y bosser pour décrocher un contrat. Mais, tu le dis très bien, c’est jeune et pour être sur qu’ils arrêtent “d’abuser” des bénévoles, il faut que ça grandisse et les mecs qui bossent déjà dedans doivent faire en sorte que ça suive cette voie, cependant est-ce le cas ? Ou sont-ils trop heureux d’avoir une main d’oeuvre gratuite et passionnée pour faire évoluer ce statut ?

  2. M’est avis que le problème tient principalement à la jeunesse ainsi qu’à la nature du milieu de l’e-sport, je m’explique.
    Je suis un professionnel travaillant dans le milieu de l’informatique, issu d’une formation qui ouvre sur de (très) bons salaires. Néanmoins lors des réunions d'”anciens” (tempérons le terme, nous sommes diplômés depuis quelques années tout au plus), on en croisait qui étaient payés jusqu’à 30% de moins que les autres : les développeurs de jeux vidéos. Dans un milieu qui ne connaît pas le chômage, avec des besoins constants en sang neuf, comment expliquer qu’une partie du secteur offre des salaires avec un tel décalage ? Tout simplement une dynamique offre/demande différente.
    Là où une banque et une grande entreprise vont s’affronter à coups d’euros pour attirer les jeunes talents, une entreprise de jeux vidéos peut aisément miser sur des profils de diplômés avec les yeux qui brillent quand on leur propose de créer des jeux, et en plus d’être payés pour le faire !

    J’arrête là ma digression pour revenir au sujet de base du billet. Si une team ou un site a le choix entre recruter un rédacteur professionnel pour animer son fil de news qui sera donc payé, qu’il faudra remplacer pendant les vacances, augmenter tous les ans etc… ou avoir une floppée de jeunes gens prêt à le faire gratuitement par passion et qui en plus en parleront tout autour d’eux faisant une pub gratuite et d’autant plus fervente qu’ils se sentent impliqués, il ne faut pas s’étonner si la deuxième solution prédomine.
    C’est criant sur cette période d’été ou de nombreux jeunes sont en vacances, le fil de news d’ogaming.tv (exemple pris au hasard, c’est vrai sur d’autres site) est passé de 5 à 10 articles/jour à 1 ou 2. De même que le manque de professionnalisme transparaît dans de nombreux articles avec des tournures de phrases simplistes voire incorrectes et une orthographe parfois plus qu’approximative.

    Le temps fera son office, le temps que les “anciens” désabusés par la difficulté du milieu fassent entendre leur voix et préviennent les nouveaux qui seront moins candides et moins prompts à se jeter à corps perdu dans une carrière plus qu’aléatoire. De même que les “consommateurs” de plus en plus exigeant finiront par se lasser des news en 40 mots moins longues qu’un tweet pour préférer du contenu de fond proposant des analyses plus poussées au profit des sites avec un vraie équipe rédactionnelle et non plus des amateurs qui bien que motivés manquent souvent de professionnalisme (oui c’est un pléonasme).

    Je conclurai par une question, quelle valeur donner à une “expérience professionnelle” exercée sans aucun cadre (stage, contrat…) ? Qui n’a jamais rencontré de bénévoles plus intéressés par les petits fours et la “gloire” d’un titre que par le travail inhérent ?

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