FIFA et l’e-sport

Aujourd’hui un billet un peu particulier issu de mon expérience de professeur. J’enseigne actuellement l’e-sport à AMOS Bordeaux auprès d’étudiants en sport business et la première chose qui leur vient à l’esprit quand on parle d’e-sport est FIFA 17. Et si je n’avais jamais vu la chose sous cet angle, il est toujours bon d’étudier la question. Quelle est la place de FIFA dans l’univers de l’e-sport ?

FIFA est le représentant le plus notable quand on parle de sport traditionnel en jeu vidéo. Et vu la présence de l’e-Ligue 1 , un tournoi organisé par la LFP et Orange et diffusé sur BeIN sport (à ne pas confondre avec l’ELEAGUE sur Counter-Strike et récemment rediffusé sur AB1) on est en droit de se poser la question de la légitimité de FIFA dans le domaine de l’e-sport. D’autant que le jeu ne fait clairement pas partie du Big 4 (CS:GO, Dota 2, LoL, HS).

A une époque où  l’on peine encore à réellement définir les contours de ce qui peut être considéré comme e-sport ou non (HearthStone et Clash Royale sont par exemple contestables d’après certains), FIFA semble arriver comme un cheveu sur la soupe. Pourtant le jeu d’Electronic Arts a toutes les caractéristiques de l’e-sport : skill, scène professionnelle, engouement du public. Mais là où les choses passent plus difficilement c’est au niveau “culture.” FIFA est en effet issu de la culture du sport traditionnel, là où League of Legends est issu des jeux de stratégie en temps réel. Deux univers donc, et deux manières d’appréhender le jeu vidéo. On se souvient tous de ces amis, non-geeks mais qui jouent aux jeux de sport sur console. L’univers sport dans le jeu vidéo représente donc un secteur qu’il ne faut pas forcément assimiler au reste de la population geek.

Pourtant, FIFA marche et il pourrait bien représenter notre principal ambassadeur auprès des amateurs de sport qui pourraient ainsi, par cette porte, entrer en contact avec ce que peut représenter l’e-sport et commencer à tisser des liens entre deux disciplines cousines. D’autant que les clubs sportifs professionnels se mettent principalement à recruter sur ce jeu.

Dans un article précédent, j’évoquais la lisibilité de l’e-sport et force est de constater qu’en la matière, FIFA joue la carte de la facilité étant donné qu’il hérite directement de son grand frère, le football. Il est donc plus facile à promouvoir pour un novice qu’un jeu plus technique et plus compliqué visuellement. Et c’est bien là sa force puisque la porte d’entrée dans l’univers de l’e-sport n’est pas toujours celle que l’on aimerait voir. Au début est le jeu et quiconque n’est pas familier avec celui-ci pourrait assez rapidement laisser tomber si le contenu qui lui est proposé lui semble hors de sa portée. Comme beaucoup d’européens qui ne comprennent pas les sports US comme le football américain.

Au final, ce rapprochement fait surtout grincer des dents les amateurs d’e-sport les plus hardcore. Mais doit-on y rester fermé pour autant ? FIFA n’est et ne restera-t-il au final qu’un OVNI dans la galaxie e-sport ? Un avatar pour les amateurs de foot aimant le jeu vidéo mais ne souhaitant pas passer pour des geeks ? Je ne pense pas. Au contraire, il faut de quoi satisfaire tout le monde et ouvrir les portes de cet univers à plus de jeu (tout en gardant un aspect compétitif de haut niveau), c’est être capable d’attirer plus de personnes sous ce grand chapiteau qu’est l’e-sport. Et peut-être arriverons-nous à créer le lien manquant entre l’e-sport et le sport traditionnel ? A quand la vente de manettes PS4 chez Décathlon ?

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

Leave a Reply