La place des personnes LGBT dans l’esport

Il y a quelques semaines de cela, j’avais lancé un appel à témoins sur les réseaux sociaux en demandant à des personnes LGBT quel était leur ressenti par rapport à l’esport. Cet appel, je l’ai passé dans le but de rédiger un article que je vous présente aujourd’hui. J’ai notamment reçu des critiques concernant ma démarche émanant, pour la plupart, de personnes ne la comprenant pas. Pour certains, il n’y a que la performance qui compte. L’esport ne serait à observer qu’à travers le filtre de la performance, coupant ainsi court à toute discussion sur le sujet.

Mais se limiter à cette seule vision des choses serait oublier que l’esport est porté avant tout par des humains parfois très différents les uns des autres. Et que ces différences sont une richesse.

Un monde pas si accueillant ?

Comme d’habitude, revenons aux bases. Notre pratique préférée est avant tout née du jeu vidéo et des LAN, des milieux très investis par les hommes (même si pas exclusivement). Pendant longtemps, le marketing vidéoludique a fait des garçons sa cible prioritaire. Usul en parle d’ailleurs très bien dans la vidéo ci-dessous.

Mais aujourd’hui, la donne a changé et certaines sources nous indiquent qu’il y a autant de joueurs que de joueuses (bien que cela fait longtemps que les filles jouent). Le jeu vidéo devient un divertissement universel, ce qui est une très bonne nouvelle. Est-ce un paradis égalitaire pour autant ? Nous en sommes loin, voyons pourquoi.

Dans un dossier paru dans le Canard PC du 15 Octobre 2014, les journalistes se demandaient si le jeu vidéo est “réac” et s’attaquaient au gros morceau du moment : le GamerGate.

(Petite parenthèse. Si vous n’avez pas suivi l’affaire, je vous renvoie vers l’article Wikipédia : Controverse du Gamergate)

Sans s’attarder sur les causes et les conséquences de ce mouvement, on peut dire que les problèmes soulevés par celui-ci disent quelque chose sur le milieu vidéoludique et sur certaines formes d’intolérance. Si l’on accepte que le jeu vidéo peut dire des choses, raconter des histoires, alors on accepte que ce qu’il véhicule peut parfois être malsain et nauséabond. Il en va de même pour la musique, les livres ou n’importe quelle forme d’art. Le jeu vidéo est un art interactif.

Rangez tout de suite vos fourches et vos torches, ainsi que les slogans type “tous les gamers ne sont pas comme ça”. Et surtout évitez de me faire dire ce que je n’ai pas dit. Heureusement que le GamerGate n’est pas représentatif des gamers dans leur ensemble (parce que sinon j’aurais quitté le milieu sans revenir depuis longtemps pour boire du thé sur le dos d’un lama). Pour autant, faire la sourde oreille quant à la question des valeurs portées par le jeu vidéo est nécessaire afin de créer un climat bienveillant.

On se retrouve donc dans un univers vidéoludique majoritairement favorable aux garçons. Et certains, partant de ce principe, ont donc tout logiquement investi ce milieu en le prenant pour une forteresse inattaquable, renvoyant les filles à des jeux “de fille” (vous comprenez, il ne faudrait pas tout mélanger). Cette vision du jeu vidéo très viriliste abhorre l’homosexualité et la transidentité qui entrent directement en conflit avec l’idée même de virilité. Il ne peut donc y avoir de bienveillance envers les personnes LGBT.

Et c’est sur la base de cette bienveillance que j’aimerais entrer sur le sujet de la représentation. Notre monde est loin d’être uniforme, et peuplé d’un grand nombre d’humains très différents les uns des autres. Il serait donc logique qu’un univers, certes virtuel mais avec des personnages humains, offre une représentativité vaste, pas seulement en terme de genre ou de phénotype, mais également par rapport aux personnes LGBT. L’homosexualité ou la transidentité semblent d’ailleurs être des sujets boudés dans ce domaine. On sait par exemple que Nintendo, Sega ou Maxis ont régulé le contenu de jeux  afin d’atténuer ou d’effacer le contenu de thème LGBT. Dans une chronique du Podcast science datant du 3 juillet 2015, Vled Tapas évoque le sujet de la représentation des personnages LGBT dans les jeux vidéo en parlant du fait que la sexualité est généralement présentée comme un choix offert au joueur au lieu d’être un élément qui s’impose à lui comme l’orientation sexuelle s’impose à nous dans nos vies. La bisexualité est alors un “choix” par défaut et le joueur peut très bien ne jamais entendre parler d’homosexualité s’il n’en a pas envie.

Quant aux personnages trans ils sont encore très peu représentés voire totalement ignorés de l’univers du jeu vidéo. Seul le personnage de Poison semble tirer son épingle du jeu (mais elle fait figure de cas d’école).

En conclusion de cette première partie, on peut se dire que dans un climat vidéoludique qui semble mettre un frein à représenter les personnes LGBT, il peut sembler logique que celles-ci puissent se sentir moins bien accueillies et donc hésiter à assumer leur identité en tant que telle.

Le décor est planté. Avançons.

Esport et LGBT

Arrive donc l’esport, milieu né dans une culture jeux vidéo à laquelle on ajoute une surcouche de compétitivité. Comme dans le sport, on retrouve un grand nombre d’hommes et une culture de la performance (logique, me direz-vous). Et la performance est une caractéristique associée à la virilité et à la masculinité (on y revient). Au croisement de deux milieux touchés par la notion de virilité, arrive donc ma question : Comment se sentent les personnes LGBT dans le milieu esport ? Quand on voit le nombre d’articles parus sur le fait que Tracer (Overwatch) ait une petite amie, la question ne semble pas si anodine dans le fond.

J’ai donc reçu plusieurs témoignages que je vous livre aujourd’hui tels quels (anonymisés ou non selon la demande des personnes) afin de ne pas déformer leurs propos (ce qui me semble capital).

Maethandra

Alors, déjà, vouloir généraliser l’accueil des LGBTQ est une erreur : un gay ne recevra pas du tout le même accueil qu’une trans queer par exemple. La communauté gamer, comme toute communauté essentiellement basée sur internet, est particulièrement toxique. À partir du moment où tu te montres, tu risques les insultes, le harcèlement, les menaces de morts, le DDOS. Je me sens bien plus en sécurité et en paix dans la rue, que sur Internet. À partir de moment où on arrive à un poste intéressant dans l’esport (dans mon cas : streameuse sur la 1ère WebTV française), ça va déchaîner jalousie, indignation, et gêne. Les streameurs sont bien conscients qu’une grande partie de leur audience est LGBTphobe, et font tout pour éviter le sujet ou y être associé. Bien sûr, il y a des gens très bien dans la communauté gamer, et on peut y faire des rencontres fantastiques. Mais c’est une communauté dont j’ai fait partie depuis mes 8 ans, impliquée à divers degrés (organisation d’événements, jeux en équipe, management, stream, bénévole et professionnelle) sur de nombreux jeux, et depuis mon coming-out, je la supporte de moins en moins. J’espérais voir dans la communauté gamer, justement, un affaiblissement des barrières entre les gens, nous avons tous la même passion, une passion qui inclut tout le monde. Mais nous sommes vus comme des ennemis, comme des intrus de ce que certains voudraient être un “bastion de la masculinité”. Je ne peux que recommander aux LGBT qui n’auraient pas assez de confiance en eux d’éviter à tout prix le cancer de la communauté gamer, au risque d’une grande détresse si on ne vit qu’a travers elle (pour moi c’était mon métier, et ma passion, et mon temps libre).

D’ailleurs, je me permets d’amender mon premier commentaire : La communauté gaming, IRL, est très cool. Que ce soit en bar esport, en LAN party, jamais je n’ai fait face à de la transphobie directe. La solution, ça semble être de forcer les gens à se rencontrer.

Je sais que j’ai un avis assez négatif, mais c’est après avoir passé 2 mois sans stream que je me rends compte que non, le monde n’est pas transphobe, mais les gens sur Internet, et avec du recul ça a été très destructeur.

Chloé*

J’ai commencé l’esport, à proprement parler du hots, à la sortie du jeu. Le fait que je sois une fille ne m’a jamais bloquée, j’ai pu d’ailleurs passer semi-pro et commencer la compétition à cette époque.
Mais Overwatch est sorti et je me suis totalement investie dedans. J’ai très vite commencé à faire de bonne performance et dès la bêta j’ai été prise sous l’aile de plusieurs joueurs pro dont une grosse équipe de l’époque. Mais malheureusement c’est à ce moment là que les choses se sont corsées. Je passais tout mes après midi avec eux à jouer, donc on en est vite venu à parler chacun de soi, à se confier. Déjà dans ce milieu en étant une fille je me prenais quelques réflexions (un peu machiste) mais ça ce n’est qu’un détail, je pense que toute nana étant dans l’esport doit s’y faire… Mais quand j’ai eu le malheur de dévoiler que j’étais lesbienne, et notamment en couple avec une femme depuis quelques mois (suite au forcing de certains). J’ai vite vu les comportements changer. Je me suis pris des réflexions comme “laisse tomber ça sert à rien d’être avec elle, elle aime pas les chibres”, “laisse tomber c’est de la perte de temps.” Bien évidemment des “c’est parce que t’as pas trouver le bon mec, mais t’inquiète je suis là.” Et même des “tu peux me raconter ce que vous faite ensemble au lit ?” Ce qui m’a énormément choquée. J’ai évité certains joueurs, Et suis resté avec certains. Mais je me suis vite aperçue qu’ils prenaient tous très vite de la distance. Jusqu’au jour où, du jour au lendemain, plus de nouvelle ! Je me suis même vue voir les droits d’accès au ts supprimé. Je l’ai très mal vécu… en demandant les raisons du pourquoi du comment un seul à eu la franchise de me dire que je n’intéressais plus les mecs du fait que je les recall et que je sois lesbienne. Donc “ils étaient passés à autre chose”…
J’ai donc décidé de faire mon petit bout de chemin seule. J’ai commencé à stream, Et je me suis vite fait repérer par des structures très connues.
Malheureusement, aujourd’hui encore le fait que j’ai officialisé les choses à cette époque a un impact sur mon parcours sur Overwatch. Puisque la communauté pro/streameurs étant petite, les nouvelles se sont vite propagées. Encore aujourd’hui le fait que je sois une fille ET lesbienne bloque mon avancé. Et je l’ai notamment remarqué en LAN en voulant m’investir dans un projet commun avec ces fameuses personnes qui me ferment les portes pour ces raisons mais pas que !
Je trouve ça triste, mais c’est un milieu très machiste, où les filles n’ont pas vraiment de légitimité…

Marc*

De part mon expérience, je peux affirmer avoir été bien accueilli par les structures avec lesquelles j’ai collaboré, de façon in game mais aussi irl. Je pense qu’on regarde avant tout le savoir-être et le skill dans cet environnement.

Je pense également que l’entertainment d’une façon générale est très ouvert, par conséquent, je suppose que l’esport l’est également. Cela explique à mon sens cette facilité à faire son coming-out dans ce milieu.

Donc pour répondre à ta question “Est-ce que tu te sens bien accueilli ?” Je réponds un grand Oui. Toutefois, certaines communautés sont plus ouvertes que d’autres, tout du moins en apparence. Je souhaite parler de CS:GO, c’est le seul milieu esport ou je n’ai pas souhaité faire mon coming-out car c’est une communauté trés, trop “masculine” et qui ne parait pas très gay-friendly, je parle surtout des LANs.

J’aime affirmer mon orientation sexuelle quand je bats radicalement un adversaire, c’est une façon de planter le rainbow flag sur le champ de bataille. :p

Camille*

Je suis une personne noire agenre, à l’époque je bossais pour une boite qui organisait des tournois en tant que CM. J’aidais à la com mais aussi à l’arbitrage. Beaucoup de joueurs étaient sur CoD et à l’époque d’une des nombreuses itérations du jeu, on a vu les règles spécifique au titre en cours d’exploit commencer à s’installer chez les pros et bien entendu les amateurs, notre userbase a commencé à les reprendre.
On a commencé à entendre dire « no gay shit ». En fait, c’est un set de règles sensé être convenable. Le tir rapide, l’aide à la visée, c’est des « gay shit ». Sauf que comme on le sait bien, la scène, surtout amateure, est super super jeune. La majorité sait même pas ce qu’elle dit, elle pense que ça veut dire autre chose sans même se douter qu’ils perpétuent un stéréotype.
Quand Activision s’est rendu compte de ça, ils ont interdit la pratique (des joueurs avaient commencé à appliquer le ruleset en compétition officielle) mais en l’appelant « Gentlemen Agreement » comme c’est souvent de rigueur quand il s’agit d’accords non écrits du genre.
Le problème c’est que ça n’a rien changé pour le joueur lambda qui n’est pas tenu par Activision d’avoir un langage châtié. Comme notre ruleset était celui d’Activision, je me tapais tous les jours des questions du type « faut-il interdire les “gay shit” ? » par les joueurs qui réclamaient au final des règles plus justes mais balançaient une homophobie casuelle à ma tronche à une époque où je vivais mal ma bisexualité.
Côté arbitres, dans les chats de matches, les joueurs s’accordaient quand même au début avec un « no gay shit ». Les arbitres le prenaient comme une circonstance aggravante si d’autres insultes étaient balancées en fin de match et qu’ils étaient appelés. Entre nous dans notre chat privé, j’ai fini par proposer de le sanctionner pur et dur. On a une sanction spéciale « racisme/homophobie/antisémitisme/xénophobie » comme beaucoup de sites qui reçoivent des discussions entre joueurs. Mais comme « l’insulte » était balancée trop casuellement entre SMG et Ancre, ça aurait fait trop de bans et trop de travail en plus de constituer une perte de crédibilité pour le site.
Et ça me faisait tellement rager, surtout qu’à l’époque j’en pouvais plus de la commu CoD. Heureusement j’avais un allié, un autre CM et arbitre lui aussi bisexuel. On a rien obtenu. On a juste fait un coming out, mon premier d’ailleurs, sur la discussion interne pour expliquer pourquoi ça nous touchait autant. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé depuis, c’était pendant mon falling out d’avec l’équipe d’ailleurs pour des raisons qui n’étaient fort heureusement pas en rapport avec ma sexualité (cachée par mon compagnon d’un genre opposé à celui que je présente) ou ma transidentité (encore moins avouée que ma bisexualité à l’époque où je ne connaissais pas du tout la non binarité).
Bref, l’ambiance macho, hétéronormative masculine de la commu que je gérais m’a pas mal ruiné le moral. Comme j’avais dit j’ai perdu le taf, je l’ai pas quitté. Mais ça m’avais fait du bien, j’en pouvais plus. A chaque fois que je voyais un joueur, souvent quelqu’un de jeune qui avait aucune idée de qui je pouvais être, de l’effet que ses paroles me faisaient, j’avais envie de le recadrer, d’essayer de lui faire comprendre ce qu’il était en train de dire. Mais impossible car politique d’entreprise et j’étais caché derrière une marque. Et t’as l’impression de te cogner contre un mur et t’as envie de pleurer. Mais au final tu man up et tu te fais passer pour un bro et tu fermes ta gueule en espérant qu’on te remarque pas. Après tout, on vit bien caché.
Donc coming out sur Skype, placard sur Twitter. Et tout d’un coup tu te demandes si on va pas t’accuser de tricher ou de botter sur tes jeux. Une haine du monde qui se cristallise autour de ça. Ah ouais en plus ma recherche d’emploi, je l’ai commencée à peu près à ce moment là, y’avait une grande campagne anti-racisme à l’embauche. A chaque fois que je sortais, le 4 par 3 dans les transports me rappelait de partout que j’étais un moins que rien. Ça m’a rendu parano à chaque non, à chaque rappel auquel personne ne répondait. Je commence à me dire que je suis pas fait pour ce monde de merde.

Mathilde*

Le statut LGBT dans l’e-sport : en voilà une question difficile. Premièrement, je ne suis pas particulièrement pour le fait de ranger les gens dans des petites boîtes : toi tu es hétéro, toi tu es gay… ce n’est pas trop mon truc :). D’autant plus que l’on ne montre pas les hétéros du doigt alors pourquoi le faire avec les LGBTQ si ce n’est pour les différencier alors même que nous voudrions les considérer comme tout le monde ?
Et deuxième point, qui découle un peu du premier, je n’ai pas non plus tendance à crier sur les toits que je suis lesbienne. Les gens dont je suis proche le savent parce qu’on est amené à se voir souvent. Pour les autres, soit ils s’en rendront compte tôt ou tard, soit pas. Mais en même temps, est-ce qu’un hétéro crie sur les toits qu’il est hétéro ? Je ne pense pas non car cela relève de la sphère privée alors pourquoi les LGBT feraient les choses différemment ?

Du coup, difficile de répondre à cette question et pourtant j’ai le sentiment que je dois le faire, non pas que cela changera quelque chose, mais au moins pour moi.
On n’a de cesse de dire partout que la tolérance est plus présente, qu’il y a 20 ans les LGBT ne pouvaient pas vivre à la vue de tous, que le monde a évolué là-dessus… Oui mais dans les faits est-ce bien vrai ? Combien d’agressions homophobes ont lieu tous les jours ? Combien de propos haineux se dispersent chaque heure sur les réseaux sociaux ? On parle de ce qui se passe actuellement en Tchétchénie ?

Bref je m’éloigne du sujet. Etre LGBT dans l’esport pour moi, cela ne devrait tout simplement rien changer. On est tous des personnes, des êtres humains. On ne devrait pas avoir de statuts particuliers.
Ok donc ça c’est ce que je pense vraiment mais… (car il y a toujours un MAIS !)
Si je suis complètement sincère je pense qu’il y a une autre raison au fait que je ne le crie pas sur les toits ou que je ne l’affiche pas sur mes réseaux sociaux. Dans le fond, je crois que comme beaucoup de personnes, j’ai peur. Peur du jugement des autres, des insultes, des critiques, des “blagues”.
Je pense que le milieu de l’e-sport n’est pas si différent de n’importe quel milieu hyper masculinisé (pompier, militaire par exemple…), les femmes et les LGBT ont du mal à trouver leur place. Il n’y a qu’à regarder un événement très récent : la Gamescom 2017. Lors d’un tournoi PUBG, le caméraman s’arrête quelques secondes sur l’une des joueuses et le tchat Twitch s’est enflammé tout de suite : “Elle va se faire déf… – c’est un trans ? – Genre, une meuf ? – Qu’est-ce qu’elle fout là elle? “ Belle mentalité…
Je n’ai jamais rencontré de souci avec mon statut LGBT, en revanche je n’ose pas encore l’assumer exactement à cause de ce genre de commentaires, ce qui peut expliquer cette apparente “tranquillité”. Par contre, j’ai déjà eu plusieurs fois des remarques plus que négatives sur mon statut de femme dans l’e-sport et plus largement dans le jeu vidéo, j’ai même reçu des mails de menace.
En même temps, je pense que pour faire évoluer les mentalités (en plus du temps et des neurones^^) il faut des modèles. Et côté éditeurs et développeurs, on en trouve peu qui se permettent d’inclure des êtres humains LGBT dans leur jeu. Blizzard a révélé récemment que son personnage emblème (Tracer) pour Overwatch était lesbienne et les réactions ont été assez vives sur la toile. Fifa a débloqué un drapeau LGBT dans son jeu qui a été aussitôt boycotté dans certains pays. Difficile à la tolérance de trouver sa place dans une communauté parfois réfractaire, difficile donc d’assumer… Etre soi-même est certainement l’une des tâches les plus compliquées dans notre société et pourtant cela devrait en être la base non ?

Sébastien “KiFFMaN”

Je m’en suis jamais caché depuis mes débuts il y a 14 ans (Roh le coup de vieux lol) mon pseudo a d’ailleurs un rapport lol. Au début j’avais des réaction bizarres parfois, voire homophobes. Mais depuis plusieurs années c’est rentré dans les mœurs de la société et l’esport a suivi je pense.

Après tu as toujours les insultes du genre “sale gay” mais bon aucun rapport pour le coup. Je pense honnêtement que les lgbt sont acceptés maintenant voir même que les gens s’en foutent. C’est pas ton orientation sexuelle qui fait ton skill ingame. Le seul impact est sur la relation dans une guilde ou une association par exemple. J’ose espérer être reconnu pour mes compétences et non pour ça.

À mon âge j’ai pas peur de le dire et je m’en fou un peu de l’avis des gens. Un ado comme j’ai été a plus de mal, toujours la peur du jugement de l’autre etc.

J’ai également souhaité savoir si ils/elles pensaient qu’il était utile de demander aux structures/entreprises de prendre position sur le sujet.

Maethandra

Quand je vois la misogynie très forte qui règne, j’ai envie de dire que la cause LGBT ne représente qu’une goutte. Il n’y aurait qu’un moyen : forcer les gens à assumer leur haine. Les empêcher de se connecter à Twitch avec des comptes non-vérifiés. Mais c’est le problème d’internet tout entier. Comment expliquer que j’ai pu être insultée plus de dix mille fois sur internet, et jamais une seule fois dans la “vraie vie” ? L’anonymat, tout simplement. Et les structures ne veulent pas renforcer les conditions pour parler sur un chat Twitch, parce que ce serait risquer de voir baisser les chiffres, et seule l’audience prime.

Chloé*

Oui clairement, car il y a beaucoup de non-dits…

Marc*

Je pense que c’est plus le rôle des médias. Je suis très content de voir qu’il y a des actions qui sont prises de ce coté !

D’ailleurs lire Blizzard et Poutine (à propos de l’histoire du boycott de la DreamHack Moscou à cause des lois anti-gays en Russie, ndlr) me fait penser à la censure du personnage d’Overwatch, et justement, je trouve que mettre en avant d’une façon subtile l’existence des homosexuels est important. C’est une façon de montrer aux gens que les homosexuels sont des gens normaux. Car aujourd’hui je suis attristé de voir que la gaypride (je suis totalement contre la gaypride d’aujourd’hui,c’est un événement beaucoup trop vicieux et provocant) ou encore les films clichés sont les seuls moyens de s’identifier pour les jeunes LGBT, sans parler de l’image que l’on donne aux autres… Donc j’attends beaucoup des éditeurs sur ce point, et pourquoi pas à travers la scène esport justement.

Concernant l’exemple de Moscou, je pense que c’est une éthique que tout le monde devrait suivre, y compris les structures esport, et j’en suis très content d’apprendre leur prise de position à ce sujet.

Pour finir de répondre à ta question, oui elles doivent l’évoquer, comme tout le monde. D’une façon simple par exemple, à travers les couleurs LGBT sur leur logo lors de la gaypride comme de grandes sociétés le font. Pour moi c’est un devoir que de faire avancer cette vision que la société a des LGBT, et il serait pertinent de le faire à travers l’entertainment.

Camille*

Je pense que ça devrait être au cas par cas : ils ont l’occasion ou prennent la décision de prendre quelqu’un de LGBTQ parce qu’iel est lae meilleur.e, qu’ils affirment dès le départ que la structure soutiendra cette personne jusqu’au bout et le traduisent en actes. Je pense que c’est la meilleure chose à faire. Se positionner autrement pourrait paraître encore plus opportuniste que si ils n’avaient pas cette réalité intangible d’avoir embauché quelqu’un d’LGBTQ. Tu sais la peur du “pandering” Tracer is gay blah blah.

Et au vu de la “situation” des deux côtés, les LGBTQ+ risquent de l’ignorer aussi si un positionnement est fait sans actes. En mode “cool story bro”.

Après ça veut pas dire qu’il faut pas prendre ses responsabilités. Si quelqu’un dit quelque chose de lgbtphobe et qu’il fait partie de ta structure c’est de bon ton de s’excuser et de dire à la personne de faire attention et d’être inclusif, je parle pas de parler en langage inclusif sans arrêt, mais juste de s’assurer que personne balance des “retard” ou des “pd” à tout bout de champ.

Sébastien “KiFFMaN”

Prendre parti publiquement je dirais que non, tout comme la religion ou la politique ce n’est pas le rôle des association ou structure de prendre partie. En revanche, il est de leur ressort de promouvoir en leur sein le respect de chacun, de combattre l’homophobie au même titre que la discrimination et le racisme.

Conclusion

Comme vous avez pu le voir, les avis sont divers et il serait bien maladroit d’en tirer un avis global de ce que pensent “les LGBT” (d’autant que ces quelques témoignages ne pourraient être considérés comme une étude sociologique). Malgré tout, on sent bien qu’il existe encore dans l’esport des choses à faire évoluer et des dialogues à avoir.

Dans le domaine du football professionnel, les langues commencent à peine à se délier. On a vu notamment récemment Antoine Griezmann aborder le sujet de l’homosexualité et du tabou lié à la peur des insultes. Tout tolérant que nous nous revendiquons, sommes-nous timides à affirmer haut et fort la place de personnes généralement rejetées de notre société ? Serions-nous prêts à affirmer aujourd’hui que nous marcherions aux cotés de nos semblables et ce malgré des différences d’identité ? Ou resterions-nous enfermés dans un entre-soi entretenant ainsi des schémas sociétaux néfastes pour tous ?

Je pense que l’esport a la capacité de rassembler les gens, d’être une sorte de lien fédérateur entre les gens d’où qu’ils viennent et qu’importe leur orientation. Et si nous sommes capables de voir avant tout un joueur ou une joueuse selon ses performances, il ne faut pas oublier qu’il y a un humain derrière. Et cet humain ne doit pas perdre en valeur à nos yeux pour des choses qui, au fond, ne nous regardent pas.

Il s’agit de créer un espace où chacun pourra être soi-même sans craindre la foudre des foules déchaînées et des commentaires malveillants que ce soit sur le chat de Twitch, les réseaux sociaux, ou encore les commentaires des vidéos. Parce que l’esport grandit, attire les foules et parmi ces foules, il peut y avoir des personnes LGBT-phobes. Si notre but est de nous montrer tolérant, alors il est de notre devoir de tout mettre en oeuvre pour lutter contre les idées LGBT-phobes.

*L’identité de ces personnes a été anonymisée à leur demande

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

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