[DOSSIER] L’argent dans l’e-sport. Partie 3/3 : Le crowdfunding

Cet article est le dernier chapitre du dossier “L’argent dans l’esport”. Retrouvez les précédents ici : 

L’argent dans l’e-sport. Partie 1/3 : Twitch

L’argent dans l’e-sport. Partie 2/3 : Les compétitions

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Troisième et dernier volet de ce dossier sur l’argent dans l’e-sport, et aujourd’hui il est temps d’aborder un sujet qui fâche : le crowdfunding. Pratique frauduleuse pour certains, nouvel eldorado pour d’autres, il n’est pas question ici de faire le procès de cette méthode mais bien de discuter de son utilisation dans le domaine de l’e-sport.

Donnez, donnez moi !

Tout d’abord, rappelons ce qu’est le crowdfunding (ou financement participatif dans la langue de Molière). Il s’agit d’une pratique consistant à demander au public de financer notre projet via un site tel que My Major Company, Kickstarter ou KissKissBankBank. Cette mode venue des USA est arrivée chez nous il y a quelques années et a suscité un réel engouement.

C’est une relation de confiance qui s’établit entre le backer (celui qui verse des sous) et le backé (celui qui les reçoit) et pour cela il convient de faire les choses en bonne et due forme. Nous verrons par la suite que ce n’est pas toujours le cas.

Bref, on donne généralement pour un projet auquel on croit. Pour peu qu’il soit crédible et bien ficelé, le public pourrait bien s’emballer et donner quelques deniers en échange de contreparties intéressantes. Contreparties qui, aux yeux de certains, peuvent sembler dérisoire. Si l’on donne, c’est avant tout dans l’espoir de se dire qu’on a participé au lancement d’un projet dont d’autres compagnies n’ont pas voulu (ou qui a, en tout cas, besoin d’un coup de pouce). On a un petit côté sauveur et contributeur.

T’es qui dans l’e-sport ?

L’e-sport est non seulement un milieu de confiance mais aussi de nom. Par là, entendez que plus on vous connaît, mieux votre projet va passer auprès des gens. Ainsi il vaut mieux s’appeler Chips & Noi plutôt que xXxDarkSasuke69xXx avec 3 abonnés sur sa chaîne dont son chien et son meilleur pote. Ainsi, quand le projet “e-sport pour tous” fut lancé, tout le monde s’est ainsi demandé “Mais c’est qui ce mec qui vient demander des thunes ?” enterrant ainsi en partie le projet aux yeux des gens (bien que le gros problème de ce MMC venait de son modèle pas très clair qui aurait gagné à être travaillé avant d’être proposé).

L’initiateur ? Franck Girard alias Arkanox dont la réputation était bien écornée à l’époque à cause du projet Imaginary Gaming qui semblait déjà mal en point (et qui a fini par péricliter récemment). L’anonymat lui aurait-il permis de mener le projet à bien ? Rien n’est moins sûr.

Doit-on dresser un procès dès qu’un projet pointe le bout de son nez et qu’il  est mené par un(e) inconnu(e) ? Je ne pense pas. Après tout, il arrivera bien à un moment des personnes dotées de solides expériences dans la gestion de ce type de projet et qui apporteront une vraie solidité dans le milieu. Cela pourrait sincèrement faire du bien à notre activité chérie.

"En fait on souhaitait monter un site de tournois avec du cashprize."
“En fait on souhaitait monter un site de tournois avec du cashprize.”

A l’inverse, si le projet de Zerator a si bien marché c’est que le bonhomme avait sa fanbase présente et prête à le soutenir mordicus. Tant et si bien que lorsque celui-ci enterrera le projet au bout de 6 mois en expliquant dans une vidéo remplie de mensonges et de mauvaise foi qu’il partait chez Eclypsia et que “Tut-tut les rageux !”, ses fans continueront de se dire que le bonhomme est quand même super sympa de rejoindre une telle bande de copains. Ce ne peut assurément qu’être pour le plaisir de l’e-sport et pour ce qu’une structure comme Eclypsia apporte aux webTV francophones que l’ami Zerator est parti chez eux et non pas à cause d’une opportunité financière bien plus intéressante qui se présente d’autant que les 30.000 € récoltés commençaient rapidement à s’épuiser. Non, bien sûr, l’e-sport est une passion et on ne peut la corrompre aussi facilement.

Crowdfunding + e-sport = amour ?

Alors l’avenir de l’e-sport doit-il passer par le crowdfunding ? Je n’en suis pas sûr. Et quand je vois Millenium qui fait désormais partie de Webedia, eux-mêmes rachetés par Fimalac qui dépasse les 900 millions d’euros de chiffre d’affaire à l’exercice fiscal  2014, j’avoue avoir du mal à les voir demander aux viewers de financer des compétitions ou une websérie. Le milieu a beau être en pleine expansion, il n’est pas stable d’un point de vue financier et de nombreuses personnes sont encore bénévoles. Et je ne vous parle même pas des affaires de mecs qui se barrent avec la caisse (vécu).

En clair : L’e-sport est un milieu qui me semble difficilement compatible avec le crowdfunding. Bien sûr on pourrait me rétorquer que Tales of the Lane ou Nation Wars 2 ont su montrer la voie mais combien de projets du genre sauraient être menés à bien ? D’autant que Nation Wars 2 a finalement pu être mené à bien grâce à un don de 40.000 €. Tout aurait donc pu foirer. Mais ce ne fut pas le cas et heureusement pour O’Gaming.

Dans un milieu qui cherche encore son modèle économique idéal, il est intéressant d’explorer toutes les pistes. Le crowdfunding semble pour l’instant peu compatible mais il n’est pas le seul modèle et nous en verrons peut-être d’autres émerger dans les années à venir et qui permettront aux amateurs de se tourner vers le professionnalisme. En attendant, on continue de jouer et de se mettre la race en LAN.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

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