Le bénévolat dans l’e-sport

Le bénévolat, fléau ou chance ? Question difficile à l’heure ou l’e-sport se développe et souhaite être reconnu comme un milieu professionnel. Porte d’entrée dans le milieu pour certains, loisir pour d’autres, parlons du bénévolat dans l’e-sport.

Bénévolat et rédactions = mauvais  ménage ?

Les rédactions e-sport en France font malheureusement preuve d’un grand manque de professionnalisme. Entre liens type « clickbait », news « copier/coller » ou analyse de patch-notes, j’ai mal à mon journalisme. Alors certes, on ne peut pas vraiment appeler cela du journalisme tant le contenu tient plus de la news que de la recherche minimale. Mais quand même, il serait bon que l’on puisse s’en remettre aujourd’hui à du contenu de fond qui va plus loin qu’une simple news annonçant le départ d’un joueur. Et si l’on a des raisons de s’inquiéter, c’est à cause du bénévolat.

De nombreuses structures françaises (même les plus grosses) usent (abusent?) du bénévolat. Que ce soit pour les rédactions ou pour le staff, les postes non-payés sont majoritaires sur le territoire. Et dans un milieu qui souhaite se professionnaliser, cela pose problème. Car qui dit professionnel dit argent. Et l’e-sport peine à se stabiliser en tant qu’activité rémunératrice.

Écrire des articles sur une base régulière est une activité à plein temps et elle se doit d’être prise au sérieux. Il s’agit non pas de faire dans le sensationnel mais d’informer le lecteur tout en apportant une analyse même minime. On doit pouvoir faire confiance au rédacteur pour sa connaissance du milieu et sa capacité à prendre du recul tel qu’on le ferait pour un rédacteur sportif à la Pierre Ménès . Mais le peut-on quand le turn-over est monnaie courante ? Et peut-on forcer quelqu’un à écrire et à se motiver quand aucune valorisation de son travail ne pointe son nez à l’horizon si ce n’est de l’exposition ? Non et non.

Typing on a White Computer Keyboard

Gagner sa vie dans l’e-sport n’est pas chose aisée et nous avons vus que les moyens d’en vivre sont limités, mais le bénévolat est-il pour autant la solution ? Tant que nous feront appel à de tels moyens, le professionnalisme pourra-t-il réellement s’installer dans le milieu ? En ce qui concerne les rédactions, la pratique est tellement ancrée dans les têtes qu’il serait difficile d’en sortir. Quand un rédacteur s’en va, un autre prend sa place. Faire partie d’une structure avec un nom compte plus que de vouloir en faire son métier et c’est peut-être là le nœud du problème : on cherche à faire partie d’une entité reconnue à n’importe quel prix et l’on s’imagine que notre relative connaissance du milieu suffit à faire de nous un analyste ou reporter. Mais n’importe qui irait-il écrire pour le New York Times ou Le Monde ? Non. Et il serait peut-être temps de prendre exemple sur ce type de média.

Écrire sur l’e-sport rapporte-t-il en soi à l’heure actuelle ? J’en doute et c’est pour cela que certains rédacteurs sont attachés à des rédactions généralistes. Un exemple ? Le Daily Dot qui publie entre autre des articles e-sport de qualité avec du fond.

Les équipes

Et quid des équipes ? Elles sont nombreuses encore à compter sur le bénévolat. Souvent regroupées en associations (les sociétés sont rares), elles tentent de faire vivre la passion de l’e-sport et monter des rosters qui, peut-être, s’élèveront aux plus hauts échelons et permettront à la structure de contracter des sponsors qui leur donneront de l’argent ! C’est malheureusement rarement le cas. Les structures émergentes sont peu nombreuses et rares sont les sponsors prêts à mettre sur la table des sous pour une exposition moyenne. D’autant que les teams ou joueurs les plus intéressants sont souvent contactés par des structures avec des plus gros contrats et des sponsors déjà en place.

Dans le cas des équipes, il est pourtant difficile de ne pas compter sur le bénévolat. Il en va de même dans les clubs sportifs amateurs. Faire vivre une structure si petite soit-elle demande une grande implication et les subventions habituellement versées par des autorités locales (Mairie/département) ne s’appliquent pas ici, l’e-sport n’étant pas régi par les mêmes lois et les équipes ne  représentant pas leur ville lors de championnats nationaux (et je doute que cela arrive un jour, très  honnêtement). Les déplacements en LAN impliquent des frais que les structures ne sont pas toujours prêtes à payer quand elles n’ont pas les moyens.

Conclusion

Le bénévolat n’est pas une si mauvaise chose en soi pour notre milieu. Il ne doit toutefois pas constituer la seule solution pour faire vivre le milieu tout comme les stages ne doivent pas devenir des emplois à bas coût. A terme, il serait bon que l’e-sport puisse se passer majoritairement de bénévolat et offrir de vraies opportunités d’emploi stables pour ceux et celles qui souhaitent en vivre. Mais cela semble encore compliqué à l’heure où j’écris ces lignes. Espérons que dans les années qui viennent, ce rêve puisse devenir réalité.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

4 thoughts on “Le bénévolat dans l’e-sport

  1. Ayant fait quelques articles sur Neverwinter pour Game-guide.fr, je comprend complètement le sujet. Faire des articles de fond sur les problématiques d’équilibrage ou le PvP demande beaucoup de temps.
    Donc pour pouvoir aller au-delà de l’analyse de patch-note, il faut être à plein temps.

    On remarque aussi que des site comme Millenium sont beaucoup plus professionnel dans leur contenu (guide, analyse, contenu mise à jour tous les jour, etc).

    1. Plus pro, Millenium ? Pas vraiment. Quand tu vois leur top 10 des cosplays sexys, je ne peux pas considérer ça comme pro. Et faire encore et encore du contenu sur un jeu, je n’appelle pas ça du journalisme. C’est fait par des passionnés, ok. Mais pas par des “pros”.

      1. Mais il ne sont pas non plus à mettre dans le même panier que d’autre qui ne font que reprendre le contenue envoyé par les CM des jeux concernés.
        Ils ont l’avantage de faire du contenue mais pas de manière aussi homogène sur l’ensemble des jeux (la section D3 est sympa).
        Et oui, il faut condamner l’utilisation des “top 10”.

        Il est intéressant de regarder ce qui ce fait outre-atlantique. Un site comme Gosugamers est un bonne exemple qui offre du contenue, de l’analyse (meta, interview, …). Mais il n’a pas ce côté “fan” qui est souvent en mis en avant.

        Quel est le juste milieu et comment aider vers cette professionnalisation .

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