L’e-sport est-il politique ?

A priori, l’e-sport n’a rien de politique si on le prend en tant que tel : une compétition entre grands joueurs. Mais cette pratique s’inscrit dans un contexte plus global et de ce contexte se dégagent des tendances. Oui, l’e-sport est pour tout le monde, mais tout le monde ne joue pas à tout. Et peut-il être engagé ?

Un choix de classe

Abordons dans un premier temps le sport traditionnel et de sa division de classes. Autour du monde, les sports les plus accessibles sont logiquement les plus populaires. Un ballon, deux cages (parfois juste délimitées par des pulls posés à terre) et quelques copains suffisent pour jouer au football tous ensemble. Notons d’ailleurs le déroulement de la Coupe d’Afrique des Nations au moment où ces lignes sont écrites. Le rugby, quant à lui, nécessite des poteaux en hauteur et deux types de joueurs, les avants avec la mêlée, et les arrières, grands coureurs. Le golf, enfin, nécessite non seulement de clubs (généralement chers), et 18 parcours, autrement dit de l’espace, sans évoquer l’adhésion au club-house.

Les trois sports pré-cités montrent à quel point la pratique de certaines activités physiques n’est pas accessible à tous et les populations ne se croisent pas toujours, bien qu’il existe des amateurs de sport indifférents à ces divisions. Il y a, on le sait, des populations différentes pour différents types de sport et bien souvent des catégories sociales associées. Ceux et celles qui ont le plus de moyens auront accès à plus d’activités.

Et on en arrive donc à l’e-sport qui nécessite une machine (console/PC) pour faire tourner le(s) jeu(x) ou regarder les streams. Si l’existence des PC-bang en Corée (sorte de cybercafés où l’on peut payer un abonnement pour venir jouer) permet à tout un chacun de jouer sans avoir besoin d’acheter une machine, la présence des cybercafés en Europe s’est, elle, largement réduite au cours des dernières années.

Certains argueront de la présence de Barcrafts ayant fleuri un peu partout dans le monde depuis quelques années, dont la fameuse franchise Meltdown. Mais il s’agit bien plus souvent de bars où l’on vient participer à des compétitions entre joueurs locaux que de stades où l’on vient assister à une compétition avec les meilleures équipes et les « viewing party » se font malheureusement assez rares, alors que les compétitions, elles, se multiplient.

Global Elite

Cette sélection par l’argent marque une première fracture au sein de notre monde. Les grandes régions généralement représentées sont l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Des endroits du monde où la population a donc facilement accès à un ordinateur et une connexion Internet suffisamment puissants. L’Afrique et l’Amérique Latine sont les grands absents.

L’arrivée récente des Emirats Arabes Unis dans le domaine (pays riches mais peu impliqués dans l’e-sport jusqu’alors) vient pourtant bousculer cette hégémonie occidentale et ouvrir une porte dans un monde qui ne demande qu’à accueillir l’e-sport (on note l’arrivée d’événements à Dubaï par exemple). Et la présence de personnages natifs du Moyen-Orient dans les jeux de versus ne fait que confirmer cette tendance ( je vous renvoie à l’excellente vidéo de Bandouch sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=JjHhGJ97-jo&feature=youtu.be ).

Quand l’e-sport se fait militant

En 2014, la DreamHack Moscou créait la division au sein de l’e-sport, en effet une partie des équipes avait tout simplement décidé de boycotter l’événement en raison des positions du gouvernement de Vladimir Poutine et en particulier en ce qui concerne les droits des personnes homosexuelles.

Cette prise de position, inédite jusque-là, nous permet de noter que, parfois, l’e-sport peut se faire militant et, par les décisions des joueurs et structures, amener à passer un vrai message.

Et il faut également compter sur la représentation des personnes trans-genre telles que Scarlett et Remilia. La diversité se doit d’exister et de progresser à mesure que l’e-sport se démocratise et s’ouvre de plus en plus.

Et en parlant d’ouverture, Olivier Morin soulignait récemment dans une vidéo que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et la possible fermeture des frontières risquait de compliquer les choses pour l’obtention des visas des joueurs étrangers souhaitant intégrer des équipes américaines.

Conclusion

L’e-sport est à l’image de notre société, il est composé de nombreuses personnes qui travaillent ensemble à son fonctionnement et à son avancée. Et à mesure que le temps passe, il est évident que l’aspect politique finira par entrer pleinement en ligne de compte. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? De ce que l’on a pu en voir, l’e-sport porte déjà en lui des germes de notions politique. Certains prennent clairement position non-seulement pour leur vision de cet univers, mais plus globalement pour une vision de la société. Toutefois, gardons à l’esprit que tout le monde n’a pas la même vision et que des tensions viendront donc à naître. A nous de rester assez avertis et d’œuvrer afin que la pratique continue et que le beau jeu soit au rendez-vous.

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