L’e-sport peut-il s’exporter à la télé ?

On tend à penser que le sport électronique finira, un jour où l’autre, par s’exporter à la télévision. Média de masse par excellence dans le domaine du spectacle, la télé semble être l’objectif à atteindre. Mais cela est-il aussi simple ? Alors qu’ESPN ont diffusé il y a quelques mois de cela Heroes of the dorm, une compétition universitaire sur Heroes of the Storm, on est en droit de se poser la question du portage de notre discipline favorite sur ce canal. Alors : télévision, bonne ou mauvaise idée ?

Le format

Tout d’abord il convient de comprendre le format des jeux que l’on diffuse.  Parce qu’un score de rugby ou de foot n’est pas comparable au résultat d’un match de Counter-Strike. Autre domaine, autres règles et c’est déjà un premier point de différence. Et puis il y a la question du temps. Je compare, comme d’autres avant moi, le sport électronique au sport traditionnel car il est ici question de compétition que ce soit en solo ou en équipe. Si un match de foot est généralement limité à 90 minutes sans les arrêts de jeu, une partie de League of Legends ou Starcraft n’a, à ce sujet, pas de limite particulière et l’on a déjà vu certaines parties aller au delà de l’heure (certes, cela reste exceptionnel mais tout de même). De ce point de vue, on pourrait comparer les jeux à timing illimité au tennis qui n’est, lui non plus, pas limité à ce sujet. Mais si une partie peut s’éterniser, elle peut également finir plus rapidement que prévu et c’est aussi difficile à prévoir du point de vue de la grille de programmes d’une chaîne. D’où le planning prévisionnel des évènements comme la DreamHack qui peuvent bouger et s’adapter en conséquence. Et les WebTV évènementielles sont libres de finir tard si besoin est. Chose que ne peut se permettre la télévision aujourd’hui.

Les difficultés techniques

Des poteaux, un ballon, des raquettes… autant d’éléments facilement remplaçables en cas de difficulté (encore que les poteaux, ça casse pas tous les quatre matins). Mais concernant l’e-sport, c’est plus délicat. Il suffit d’un souci technique (et dieu sait qu’il peut y en avoir) pour que tout l’événement se mette en pause. Pour combien de temps ? On ne sait pas. De quelques minutes à plusieurs heures, “the show must go on” comme on dit et c’est encore un point où la notion de temps doit être prise en compte. Nul doute qu’en cas de souci sur un équipement à la télévision lors d’une finale de coupe du monde, le souci serait rapidement reglé, mais quand cela concerne un problème de balance du jeu ou de bug (comme le tonneau de Gragas aux Worlds de cette année) cela pose un souci bien plus complexe. Parce que qui dit jeu vidéo dit potentiel bug et c’est une difficulté à laquelle les techniciens comme les éditeurs doivent veiller.

RITO pls
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La culture

Notons également la culture du jeu. Si tout le monde connaît à peu près les règles des sports traditionnels, comprendre une partie d’HearthStone, ou de Counter-Strike n’est pas si aisé pour le non initié. Parce que les jeux vidéo de compétition ne sont pas encore rentrés dans les moeurs comme éléments de culture à part entière. Le monde ne s’enflamme pas tous les 4 ans pour une coupe du monde de jeu vidéo où les principaux pays seraient représentés (et sur quelle discipline le ferions-nous, d’ailleurs ?). L’e-sport est enfant du jeu en ligne et des équipes internationales avec des noms tels que Fnatic, Dignitas ou encore Cloud9. La subdivision n’est pas la même et les clubs et championnats locaux n’existent pas au pays d’Internet. Le sport électronique doit donc rentrer dans les moeurs petit à petit afin que parler d’une partie de Starcraft devienne aussi anodin que d’échanger sur l’actualité.

Le spectacle

L’e-sport, ne l’oublions pas, c’est aussi et avant tout du spectacle. Lors d’un beau move, d’une victoire écrasante ou d’un come back fantastique, le public aime s’enflammer. Et c’est non seulement le beau jeu mais aussi la hype créée par les commentateurs, l’ambiance et le public qui forment un cocktail explosif que l’on ressent même chez soi, devant son écran. De plus, la télévision est un média historiquement taillé pour le spectacle, en particulier dans la production et, quelque part, on aimerait retrouver cette part de hype chez nous, dans notre (pas si) petit écran.

Conclusion

La télévision occupera encore une place de choix dans notre vie de gamer, ne serait-ce que pour jouer à nos consoles favorites. Ce que l’on aime également dans ce média est sa qualité visuelle qui ne nécessite pas forcément d’abonnement Internet pour le regarder ni de régler la qualité en medium, high ou source. Aujourd’hui, la plupart des chaînes traditionnelles sont accessibles à peu près partout sur le territoire et, quelque part, c’est aussi cette accessibilité que nous aimerions retrouver pour l’e-sport. Mais, pour le moment, et au vu des éléments soulevés précédemment, le média historique ne semble pas prêt à accueillir l’e-sport aussi favorablement que nous le souhaiterions. Soyons donc patients et continuons de nous montrer toujours plus fervents quant aux streams, aux jeux et aux joueurs. Nul doute que la discipline et les médias associés sauront évoluer encore et toujours au point de devenir toujours plus accessible à un grand nombre d’afficionados. A quand une box Twitch dans le salon ?

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

3 thoughts on “L’e-sport peut-il s’exporter à la télé ?

  1. Je pense que tu as une vision réduite du monde télévisuel sur ce coup là Mathieu. Niveau technique, la télé est parfaitement apte à se mettre au sport électronique. Je pense que ça bloque seulement au niveau culturel. J’aimerais développer plus, histoire de faire comprendre mon point de vue, mais en gros c’est ça. 😀

  2. Sujet qui pourra se développer dans les années à venir. L’exemple du Tennis est bien choisi. Ce sport doit aussi conjuguer avec des éléments difficilement contrôlables (météo, blessures). Ca n’empêche pas les télés de diffuser. Simplement elles comptent sur une organisation qui garantit “à peu près” un nombre d’heures dans la journée. On peut même faire du multi-sports façon jeux olympiques. Des évènements comme la Blizzcon peuvent fonctionner dans ce genre. La plus grande difficulté reste je pense la connaissance nécessaire pour apprécier. Par curiosité j’ai regardé des matchs des Worlds LoL, et un peu de SC2 hier, jeux que je n’ai jamais pratiqués au delà de quelques minutes. J’étais franchement bien paumé et moins intéressé. Alors qu’un spectateur de Tennis peut apprécier plus facilement une belle action, du moment qu’il a saisi que la balle doit rester dans le terrain. L’e-sport, les télés s’y mettront quand elles y verront un intérêt. Et à ce moment là, priez pour un bon choix de commentateurs.

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