L’esport doit-il redevenir local ?

Perdu entre l’aspect international et l’envie pour le public de se fédérer localement, où en est l’esport ?

Un marché en mutation

Depuis quelques temps maintenant, l’écosystème esportif bouge et semble en train d’adopter diverses formes, tant dans les tournois que dans sa structuration. Une mutation associée en partie à une popularisation de la discipline. Le nombre de jeux représentés augmente, et les compétitions suivent naturellement. Des cyberathlètes sortent du lot, des équipes recrutent ou se forment et l’on assiste aux affrontements entre les meilleurs.

Mais doit-on seulement considérer l’esport par le prisme du haut niveau ? Ce n’est pas ce qui ressort lorsqu’on prend en compte des initiatives telles que l’ESWC kids. La pratique esportive semble muter et ne plus seulement prendre en compte les plus hauts échelons de la compétition. Aujourd’hui, le jeu vidéo de compétition se popularise, et pour cela les gens doivent se l’approprier… et le pratiquer.

Il ne s’agit plus de devenir nécessairement joueur pro, mais au moins de passer un bon moment entre amis comme on irait faire un foot ou un tennis un dimanche après-midi.

Des petits clubs, on en connaît tous et l’activité associative française est riche à ce sujet. Nombreux sont ceux et celles à s’affairer à faire vivre l’esport en tant que manager, coach, joueur, président, trésorier… Cette scène amateur est nécessaire puisqu’elle entretient le vivier des jeunes talents qui, même si les chances sont généralement faibles, espèrent en vivre un jour ou l’autre.

Franchise la LAN

Notre discipline préférée s’est construite sur le jeu en réseau. Et, avec l’essor du haut débit, cette particularité a progressivement amené les équipes à s’affranchir de la question locale. Exit les teams de cybercafés s’affrontant les uns contre les autres sur Counter-Strike, les structures telles que Fnatic ou Cloud9 ont certes leur siège social dans de grandes villes, mais on ne les lie pas instinctivement à celles-ci comme on pourrait lier les Bulls à la ville de Chicago ou les Lakers à Los Angeles (pour ne citer qu’elles). L’esport est aujourd’hui décentralisé. Du moins en partie.

Pourtant, les fanbases locales sont-elles à laisser de coté ? Avec l’arrivée de l’Overwatch League et son système de franchises basées sur des teams représentant des grandes villes, on peut se poser la question du rapport au local. Entre Nation Wars et la Coupe du Monde Overwatch, on a déjà pu mesurer l’engouement des fans pour les équipes nationales, et l’excellent travail de communication réalisé par le comité de sélection de l’équipe de France d’Overwatch a permis de fédérer les français derrière les six joueurs de chez Rogue (qui n’a jamais vu passer le hashtag #avecle6 ?).

Tout ceci est aisément compréhensible. Il est plus facile de s’identifier à une équipe “proche” de nous. On s’y attache et on supporte ceux qui nous représentent. Pour son Meltdown City Clash, la franchise de bars esport avait organisé une compétition entre bars avec des identités propres à chaque équipe (et autant vous dire que je supportais les Berserkers de Bordeaux).

Mais ces initiatives sont encore peu nombreuses et à force d’ignorer ce potentiel communautaire pourtant fédérateur, on risque bien de passer à coté de nombreuses possibilités. Et si l’on faisait le pont entre cette culture associative et l’aspect local ? En mettant en place un peu partout des “clubs esport” amateurs, on pourrait ainsi non seulement créer du lien entre les joueurs qui se verraient IRL mais aussi des supporters.

Le support marche sur l’affect, et que c’est ce qui fait qu’on aime regarder de la compétition. Parce que match après match, c’est une histoire qui se met en place et cette histoire peut être pleine de rebondissements. Elle nous fait même rêver parfois. Reprendre les choses à un échelon local permettrait de remettre en place ce genre de dynamique, de voir évoluer des gens proches de nous voire porter nos couleurs, nous représenter, gagner en notre nom.

Alors ne négligeons pas le terreau local. Il serait bien dommage de s’en priver. De telles initiatives pourraient même probablement susciter de nombreuses vocations pour peu qu’elles soient encouragées.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

One thought on “L’esport doit-il redevenir local ?

  1. Là où le local pourrait avoir un rôle à jouer je pense, c’est dans le fait d’éduquer les joueurs de jeux vidéo au jeu en ligne. L’e-sport et le ladder nous pousse dans la compétition parfois à outrance, au point où certains joueurs, voire certaines communautés sont cataloguées comme toxiques.

    Adhérer à un club de jeux vidéo local, retrouver ce côté fédérateur qui pousse les gens à partager leur passion plutôt que de seulement montrer leur performance permettra de replacer un les jeux vidéo dans un climat plus sain, plus respectueux des autres et surtout plus accueillant envers les joueurs moins expérimentés.

    Avoir un lieu de rendez-vous réel permettra aussi de briser la barrière de l’anonymat qui pousse trop souvent à des excès et au rejet des autres.

    Merci pour cet article qui met en lumière un côté de l’e-sport que l’on ne voit pas assez.

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