Overwatch : La course à la première place

Overwatch

Il y a un truc qui me sidère dans l’e-sport. Et pas dans le bon sens, malheureusement. Quand un jeu est annoncé, il faut que certains se jettent dessus comme la vérole sur le bas clergé et se positionnent dessus. Au point que ça peut parfois devenir ridicule. Parlons du cas Overwatch.

J’ai un peu d’avance

Tout d’abord, définissons « se positionner ». Ce qu’il faut comprendre par là c’est « s’engager de manière à streamer, jouer en ladder et compétition, voire monter une team ». En gros, s’investir dans la « vie » et la mise en avant d’un jeu et de son côté e-sportif. (Dois-je vous rappeler que vous êtes sur un blog consacré à l’e-sport?) C’est donc tout à fait louable quand on a testé le jeu et qu’il nous plaît un minimum, ou en tout cas qu’on sent qu’il a un potentiel à nous amener loin.

Mais si l’on prend le cas d’Overwatch, jeu de tir à la première personne (ou FPS chez les puristes) annoncé par Blizzard à la Blizzcon de l’an dernier, hé bien dès la fin de l’annonce, quelqu’un avaient déjà créé une page « Overwatch France ». Pourquoi ? Pour être le premier.

« First » disent parfois les trolls sur Internet dans les commentaires de certains sites populaires ou non. L’envie d’arriver premier quelque part est-elle montée à la tête des internautes ? Être premier est devenu un atout marketing sur Internet. Qu’importe le jeu, il faut être là avant tout le monde. Parce que cette position historique génère une base de fans et permet ainsi de faire grandir sa réputation. Arriver tardivement sur un jeu aujourd’hui c’est bien souvent galérer à se créer une audience. Mais créer des communautés et des pages sur un jeu auquel on n’a jamais touché, n’est-ce pas un peu prématuré ? Ne faudrait-il pas attendre un peu ? Un autre exemple : Melty Esport Club qui recrute une équipe Overwatch. A l’heure où j’écris ces lignes la beta du jeu n’est même pas disponible. A quoi cela sert-il ? A se positionner. Première équipe française sur un jeu auquel certains ont seulement pu jouer lors de salons. Too soon ? Très certainement parce que malgré la formation d’équipes, nul n’est sûr à 100 % d’avoir un accès rapide à la beta.

Un jeu qui s'annonce palpitant malgré tout.
Un jeu qui s’annonce palpitant malgré tout.

Overwatch, symbole de l’e-sport business ?

Ce qui m’embête un peu avec cette affaire c’est qu’en réfléchissant en terme de positionnement, on s’oriente doucement vers l’e-sport business, celui où la passion est secondaire et où la rentabilité est valeur maîtresse. La course au viewer devient le moteur principal. Mais ne serait-ce pas là un symptôme d’un monde de l’e-sport gangrené par l’argent ou plutôt son manque d’argent ? A une époque où le modèle économique fonctionne au CPM, l’exposition est plus que nécessaire, elle est vitale. Elle permet de bâtir un nom (si l’on n’en a pas déjà) et apporte les sponsors. Parce que l’e-sport est un business et que les performances, bien que nécessaires, ne peuvent être seuls vecteurs de fame. On est dans l’industrie du spectacle, de l’entertainment, et l’on doit vendre du rêve. On nous markete les EnVyUs sur CS:GO comme le PSG nous markete Zlatan Ibrahimovic. Derrière, il est plus facile d’avoir accès à des invitations pour des tournois et donc d’avantage de chances de gagner du cashprize.

Et il en va de même avec les casters et analystes qui, pour peu qu’ils commencent tôt, vont pouvoir produire du contenu qui sera regardé par de nombreux internautes et qu’ils pourront monétiser puis être contactés par des sociétés d’organisation d’événements et ainsi gagner leur vie. Malheureusement, dans ce domaine, les premiers ne sont pas toujours les meilleurs d’un point de vue qualité d’analyse. On peut passer des années sur un jeu et ne toujours pas savoir l’analyser correctement. Parce qu’un jeu e-sport est plein de subtilités qui passeront parfois inaperçues aux yeux de certains.

Pour suivre le développement de la scène e-sport d’HearthStone, j’ai pu noter que les premiers ne sont pas toujours ceux qui restent le plus longtemps en place. Entre un mercato qui se forme au fur et à mesure et des casters qui vont et viennent, le monde est changeant et loin d’être fixé par ses acteurs initiaux.

Conclusion

Alors je souhaite bonne chance à ces personnes qui souhaitent faire vivre OverWatch, un jeu qui sera très certainement soutenu par Blizzard même s’il venait à faire un flop (il suffit de voir où en est Heroes of the Storm pour le comprendre). Notons que le FPS n’est pas historiquement un domaine où Blizzard s’est illustré. C’est un type de jeu nouveau pour la firme américaine et il y aura probablement des ajustements à faire, tant sur le système de classement que sur la balance globale du jeu. En face, la concurrence sera probablement rude entre Team Fortress 2 (Valve) qui devrait conserver une bonne place dans le cœur des joueurs (3ème jeu Steam toutes catégories confondues) ou encore Paladins (Hi Rez). Et puis n’oublions pas CS:GO qui reste le FPS le plus joué actuellement dans la catégorie tactique et qui n’a, jusque là, pas trouvé de concurrent sérieux pour le détrôner. Rendez-vous dans un an pour voir où l’on en est et voir si OverWatch est à la hauteur des attentes et si les équipes formées aujourd’hui sont toujours en place.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

One thought on “Overwatch : La course à la première place

  1. En marge du côté CPM, il faut quand même rajouter l’aspect référencement qui je pense est plus que majeur dans le fait d’être le premier. Premier au référencement = premier chez les annonceurs = premier sur les thunes, comme toujours.

    Après, je pense que l’aspect business de l’esport est naturel. Autant je lutterai pour que certains jeux soient considérés à vertu artistique, autant je prie pour qu’on laisse l’esport être… Un “sport”. Et le business en est une conséquence logique : ce sont les aspects transfert de joueurs, attentes des gros matchs et évolution du jeu qui permettent l’engouement sur la discipline. Qu’y aurait-il d’autres sinon ? Le beau jeu ? Le beau jeu sans ces évolutions finirait par être lassant. Si une équipe de foot par exemple gardait constamment le même line-up, on finirait par en connaître les moindres traits et ça ternirait son intérêt. Il faut bien sûr rester dans un cercle mélioratif et éviter les écueils dans lesquels peuvent tomber ces disciplines (comme l’argent qui ternit le jeu lui-même dans le cas du foot), mais ça reste composante importante de l’intérêt.

    Pour ce qui est de se positionner en premier sur un jeu, ma foi, je dirais que c’est tout naturel : nous sommes tous conscients que l’esport est là pour durer, qu’il s’intégrera dans le commun comme n’importe quelle autre activité, mais ne savons pas quels en seront les piliers : même StarCraft 2, qui était pourtant un colosse, a fini par ralentir. C’est le problème de l’aspect jeu vidéo de la chose, le medium fait qu’il se renouvelle constamment contrairement aux sports classiques.

    La chasse au prochain jeu est donc tout naturelle, et elle ne me choque pas plus que ça : quand bien même certains se positionnent de suite sur des jeux qui ne sont pas même encore sortis, cela ne nous empêche pas d’avoir pléthore de solutions pour les jeux nous intéressant dès maintenant. Tant que cela ne freine pas la possibilité d’avoir des choix variés pour chaque activité, je ne crierai jamais au scandale. Ca ouvre au contraire à autant de variétés que possible.

    Et puis il faut garder en tête qu’il s’agit là plus d’optimisme qu’autre chose. Dans le cas d’Overwatch par exemple, nous savons que c’est Blizzard et qu’il y a forte possibilité que ça marche, mais également comme tu le dis que ça n’est pas un genre qu’ils maîtrisent nécessairement et que ça peut tout aussi bien se planter en beauté. Regarde Evolve : 2K Games en éditeur, Turtle Rock au dev, une portée esport assumée dès le début… Et plantage complet.

    Le pouvoir reste constamment dans les mains des joueurs et des viewers puisque quand bien même les éditeurs peuvent influencer la hype, l’intérêt aussi bien financier que sur le spectacle n’existe que si nous joueurs nous penchons dessus. Le jeu n’a qu’un pouvoir d’influence : en soi, le pouvoir décisionnaire est nôtre ce qui est de mon humble avis un cercle vertueux.

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