Sport ou esport ? Terrain glissant

PSG, Schalke04, OL… les grands noms du sport européen ont décidé, depuis l’année dernière, d’investir massivement dans l’esport, et en particulier sur FIFA. Choix compréhensible en raison de l’activité historique des clubs concernés. De l’autre coté de l’Atlantique, ce sont les clubs de NBA ou NFL qui ont choisi de ce positionner sur le secteur sur des jeux comme League of Legends, et ce depuis 2015. Une tendance qui se confirme de plus en plus : l’esport se rapproche du sport professionnel.

Mais cette stratégie d’investissement est-elle une menace ou une opportunité pour les teams déjà en place ? Le futur de l’esport passera-t-il par les clubs de sport ? Explorons toutes les possibilités.

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Des souris (gaming) et des hommes

L’esport, on le sait, attire de plus en plus. Nombreux voudraient y mettre leurs billes, malgré un ROI plus qu’incertain. Pour les clubs sportifs, acquérir une équipe est un moyen d’investir le terrain du numérique via un autre média : le jeu vidéo. Et les parallèles sont nombreux tant l’aspect compétitif développé sur l’esport se rapproche du sport traditionnel. Il s’agit donc d’inscrire la marque du club sur un terrain (virtuel) qui partage les mêmes valeurs et draine une population jeune potentiellement intéressée par les produits dérivés de l’équipe. Tout bénef donc… du moins sur le papier.

Pour les clubs, il y a deux approches possibles que nous allons analyser.

La première consiste à recruter une équipe en son propre nom. Il s’agit ici de mettre en avant sa propre marque. C’est le cas des clubs sportifs européen. Est-ce une bonne idée pour autant ? Les avis sont mitigés. On a pu voir récemment que les résultats du Paris Saint-Germain en Challenger Series n’ont pas été à la hauteur. Les autres équipes étant mieux préparées. Alors, bien sûr, n’allons pas blâmer pour autant si facilement une équipe encore jeune sur la scène. Mais reconnaissons que les attentes étaient hautes. Et c’est probablement un poids dont se seraient volontiers passé les joueurs de la structure.

D’un point de vue concurrentiel, les clubs sportifs font figures de redoutables adversaires disposant d’une expérience, d’une organisation, de structures et de moyens financiers bien supérieurs aux équipes esport ce qui, ne nous le cachons pas, peut faire peur. L’idée d’un monde esport complètement aspiré par les équipes de sport traditionnel a tendance à effrayer le spectateur.

Sans parler d’incompatibilité, il faut reconnaître que les deux univers se sont construits chacun dans leur coin sur des bases différentes et que les avis d’un coté comme de l’autre peuvent parfois être polarisants. Aujourd’hui, certains amateurs d’esport ont donc peur de se faire déposséder de cet univers qu’ils ont contribué à faire grandir loin des caméras pendant longtemps. L’idée de diffuser la coupe d’Europe l’été dernier au Meltdown Paris a d’ailleurs fait grincer quelques dents. De l’autre coté, l’arrivée d’une nouvelle forme de “sport” n’est pas du goût de tous et nombreux sont ceux qui ne voient pas l’intérêt de regarder une compétition telle que The International. Il faudra encore un moment avant d’arriver à réconcilier ces deux populations.

Mais le milieu est jeune, et porte encore en son sein une mentalité communautaire forte. Tout acteur extérieur est généralement reçu avec une maxime que nous connaissons tous : “T’es qui dans l’esport ?” Une manière de lui signifier qu’il doit montrer patte blanche s’il veut s’insérer dans ce monde si particulier. C’est là qu’intervient la seconde méthode qui consiste à racheter une équipe tout en gardant son nom, comme le font les clubs américains. On injecte de l’argent et on se sert de l’aura d’une équipe/marque connue. Pas besoin de s’acharner à bâtir une fanbase et on se place sur des jeux bien plus regardés.

De leur coté, les équipes esport historiques bénéficient d’une expertise du milieu dont manquent les clubs sportifs. Pour les marques endémiques, qui de mieux pour vendre des cartes mère que des joueurs ? Dans ces conditions, si un grand nom sportif réussit son entrée dans l’esport, c’est une opportunité majeure pour les annonceurs de faire, à leur tour, grandir leur audience.

Une ligue pour les réunir tous ?

Il y a deux mois, j’évoquais ici-même la question de l’Overwatch League et l’investissement de propriétaires d’équipes sportives. Cette semaine, Blizzard a révélé les premières équipes qui participeront.

Comme prévu, Blizzard semble se positionner sur le terrain du sport plutôt que de l’esport. Une stratégie compréhensible d’un point de vue business. L’Overwatch League fera-t-elle le pont entre les deux, permettant ainsi de vendre des espaces publicitaires à bon prix pour les investisseurs ? Le pari est très risqué et de nombreux acteurs ont perdu foi en Blizzard au cours des derniers mois à force de voir la scène se désagréger. Il y a quelques années, c’était PvP Live qui s’étaient cassés les dents à vouloir mettre en place une ligue pour HearthStone, sans succès.

Un but commun

Alors opportunité ou menace ? Peut-être les deux dans le fond. Si les deux mondes ont envie de fonctionner ensemble, ils vont devoir marcher main dans la main. Il est indéniable que certains clubs vont vouloir prendre leur part du gâteau. Mais les places tant convoitées sont chères et déjà investies par des acteurs endémiques bien décidés à les garder. Et puis, à terme, cela sonnera peut-être le début d’une nouvelle ère pour les clubs sportifs européens : le développement de verticales parallèles sous une même marque. Adieu, clubs historiques sur une seule activité; bienvenue aux clubs de cross-sport regroupant sport et esport au sein d’une même entité.

Il faudra toutefois du temps pour réconcilier deux univers initialement éloignés. Et avec l’attrait grandissant de la pratique, il est possible que l’esport devienne plus tard aussi grand que le sport traditionnel dont il est l’héritier. Et ce n’est pas Shaquille O’Neal qui dirait le contraire.

Author: Mathieu Fichot

Dans le milieu de l’esport depuis 2012. Amateur de jeux vidéo, voyages et culture.

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